Samedi 11 avril : de Belle-Isle en Terre à Strasbourg

Cette année, nous avons choisi d'effectuer le voyage en voiture, en faisant étape dans l'Est de la France. Ce soir, nous comptons dormir à Strasbourg.
Nous partons de Belle-Isle en Terre vers 10h30, donc assez tard. Nous passons Guingamp, Rennes, puis entrons dans l'inconnu : Laval, Le Mans, Chartres et ses clochers qui dépassent nettement au-dessus de la ville... 
Et puis c'est l'arrivée sur Paris. Paris et ses 2 x 3 voies, Paris et ses 4 x 2 voies, Paris et ses bretelles d'échangeurs, Paris et ses immeubles, et surtout Paris et ses Parisiens qui conduisent comme des fralés. On ne peut rien dire, ils sont chez eux. Mais quand même, voyez plutôt : ils s'insèrent entre les voitures comme dans des trous de souris (bon, ça se comprend, sinon ils attendraient des heures), ils restent sans raison sur la voie du milieu (question d'habitude de conduite, apparemment), ils déboîtent devant nous sans clignotant (beaucoup moins pardonnable) et pour couronner le tout, doublent par la droite ! 
- Ces Parisiens sont vraiment la caricature d'eux-mêmes, soupire Antoine qui gère au mieux la conduite dans ces conditions aventureuses.
De nombreux échangeurs plus tard, nous émergeons enfin côté Seine-et-Marne. Et c'est reparti : Villers-Cotterêts (de loin), Valmy, Reims, Verdun, Metz (de loin aussi). De nombreuses nécropoles de la Première Guerre Mondiale sont signalées sur le bord de la route. Parfois, nous nous demandons même si le paysage que nous avons sous les yeux n'est pas entrecoupé de tranchées.
Nous arrivons à Strasbourg, trouvons un parking, un hôtel, un resto puis ne tardons pas à sombrer du sommeil de ceux qui viennent de passer 10 heures sur les routes de France (dont deux à ne pas avancer sur celles d'Ile-de-France).

Dimanche 12 avril : de Strasbourg à Bled

Nous commençons la journée en déambulant dans le centre-ville de Strasbourg. Nous découvrons le barrage Vauban et les ponts couverts édifiés sur les canaux de la Petite France, les ruelles étroites entre les maisons à pans de bois parfois richement sculptées... C'est beau mais tellement touristique qu'il n'est pas facile d'y trouver une boulangerie. Or, nous n'avons toujours pas petit-déjeuné et les estomacs grognent. A force de remonter la piste des porteurs de baguettes et de croissants, nous dénichons une sandwicherie qui propose des formules petit-déj. Et comme il fait très beau après le crachin d'hier, nous dégustons nos viennoiseries en terrasse. 
Plus loin, au détour d'une ruelle, la cathédrale surgit devant nous, avec sa tour qui s'élance vers le ciel. Malheureusement, nous sommes dimanche matin et un office religieux est en cours ; nous ne pouvons donc pas entrer à l'intérieur de l'édifice (il y a d'ailleurs un service d'ordre pour veiller au respect de la consigne). Nous nous contentons de l'extérieur, guide architectural en main. Ce qui frappe tout d'abord, c'est la hauteur de la flèche, 142 m, ce qui en fait la plus haute flèche construite au Moyen Age qui ait subsisté jusqu'à nos jours. Ensuite, nous sommes émerveillés par la richesse de la façade gothique rayonnante (2ème moitié du XIIème siècle). En revenant au parking par d'autres ruelles et d'autres quais, nous pénétrons dans le barrage Vauban d'où nous admirons les canaux environnants. 
11h30 : nous reprenons le volant de la SX4 afin de passer à l'Est. Impressionnés par la largeur du Rhin, divisé en fait en plusieurs bras plus ou moins canalisés, nous voici maintenant en Allemagne et donc en-dehors de la carte. Jusqu'à notre entrée en Slovénie, nous ne serons guidés que par le GPS. Du coup, nous ne savons pas exactement où nous passons, si ce n'est que nous descendons vers la Bavière et l'Autriche. Munich est contourné sans difficultés, contrairement à Paris. Ce qui demande de la concentration, c'est  la circulation en 2 x 3 voies sur des autoroutes où la vitesse n'est pas limitée. Grosso-modo, les voitures roulent à 130 km/h. En moyenne, quoi. Car certaines, qui restent sur la voie de gauche, roulent bien plus vite : à vue de nez au moins à 160 !! Nous verrons au retour que notre estimation est encore trop basse... La voie de droite, surtout occupée par des camions, est souvent libre, mais y circuler oblige à revenir régulièrement dans le trafic de celle du milieu. Quant à aller à gauche, cela nécessite de surveiller en permanence les rétros : au cas où un bolide déboule, il faut appuyer sur le champignon pour dégager rapidement. Nous apprendrons cependant que les Allemands sont patients : ils attendent derrière notre voiture le temps qu'il faut sans klaxonner, sans coller notre pare-choc ou faire des appels de phares (conduite spécifiquement française). 
Autre difficulté : les fréquents changements de vitesse. On passe de la non limitation à une limitation à 100 km/h puis à 80 avant de retourner à la non-limitation sans que cela soit toujours précisé. Tout ça justifié par des travaux un peu partout qui réduisent la route à deux voies, voire une seule.
Malgré toutes ces "embûches", nous atteignons la frontière autrichienne. Auparavant, il nous a fallu acheter l'indispensable vignette qui, dans ce pays, autorise la circulation sur autoroute. Maintenant, plus nous avançons, plus le paysage devient montagneux. Nous enchaînons les tunnels. De la neige recouvre les sommets mais aussi ponctuellement le bord des routes. Les clochers des églises nous surprennent : certains sont des flèches élancées (je dirais même plus : acérées), d'autres des bulbes orientaux. 
La dernière frontière approche : voici la Slovénie ! Nous y entrons par un long tunnel de 7 km, le Karavanken tunnel. A la sortie, nous nous mettons à la recherche de la vignette locale que nous achetons plus loin, dans une station-service. C'est notre premier contact avec la langue slovène et nous sommes un peu perdus et gênés car nous n'avons même pas pris la peine de chercher comment on dit "bonjour", "s'il vous plaît", "merci" et "au revoir", les quatre expressions essentielles en langue étrangère. Heureusement, ici l'anglais suffit et suffira jusqu'à la fin du séjour. A nouveau, nous constatons à quel point notre anglais a besoin d'être amélioré. Les Slovènes le parlent couramment, dans les lieux touristiques comme dans les petits commerces des routes de campagne.
Il se fait tard, nous arrivons à Bled à la nuit tombée. Il faut dire que la nuit tombe très tôt en Slovénie car, bien que le pays soit plus à l'est, son fuseau horaire est le même qu'en France. A Bled, nous trouvons à dormir dans une auberge de jeunesse découverte au hasard d'une rue. On nous propose un couchage en dortoir sur des lits superposés, mais après cette deuxième journée de route, deux lits, où qu'ils se trouvent, nous suffisent tout à fait. D'ailleurs, nous resterons seuls dans ce dortoir de 8 places. 

La tenancière de l'AJ parle évidemment très bien anglais et nous conseille une auberge à deux pas où nous dégustons le plat local, des saucisses de Carniole bien grasses. C'est bon, mais particulièrement gueudant. On ne le sait pas encore, mais ce restaurant sera un des seuls vraiment typiques que nous trouverons au long de notre périple. A côté de nous dîne un couple de Français : c'est incroyable comme on peut rencontrer des voyageurs français partout dans le monde ! Nous n'avons pourtant pas l'impression de nous rendre dans les lieux les plus touristiques de la planète...

Lundi 13 avril : Bled, Bohinj

Nous sommes réveillés dès 6h car le jour est déjà levé et notre dortoir n'a ni volet ni rideau. En plus, les camions et voitures circulent déjà sur la route voisine. Tout cela nous fait douter de l'heure qu'il est réellement : en fait, y a t-il ou pas un décalage entre la Slovénie et la France ?!? Pour répondre à notre question, Antoine va compter attentivement les coups de la cloche de l'église de Bled quand elle sonnera dans la matinée : eh non, nous sommes bien sur le même fuseau que la France.
Nous décidons de rester une deuxième nuit à Bled et nous nous organisons pour passer la journée dans la ville et ses alentours. Un fois la voiture déplacée (le parking dans la rue est payant en journée mais nous n'avons pas trouvé le parcmètre), nous préparons un petit sac, puis déjeunons de croissants chocolat/noix de coco achetés à la boulangerie du coin. Hum, délicieux !!
La journée commence avec la visite du château de Bled (Blejski grad, dit-on par ici) et l'ascension du promontoire rocheux sur lequel il est construit. Il fait chaud ce matin, ce que nous n'avions pas prévu du tout : avant notre départ, les sites météo consultés annonçaient du froid jusqu'à -12°C (!!!) dans les Alpes juliennes où nous nous trouvons. En fait, nous avons droit à un bon 24°C et je ferais bien trempette dans le lac si la baignade n'y était pas interdite. De nombreux oiseaux chantent autour de nous, surtout des pinsons et des mésanges, mais ils restent très discrets. 
Le château de Bled n'est pas un château médiéval comme on peut en voir par chez nous. Comme il a toujours été habité depuis cette époque, il a été continuellement réaménagé au goût du jour. D'ailleurs, il est encore en travaux. A l'intérieur est présentée une exposition sur l'histoire et l'archéologie locales, on y découvre des vestiges de toutes les époques depuis le Néolithique, c'est assez intéressant. Près de Bled, il y a longtemps eu une grosse industrie métallurgique ; une forge est reconstituée dans le château. Par contre, la collection d'armes vantée par le guide se borne à une armure de parade et des objets de décoration en vente dans la forge. 
A la billetterie du château, nous avons eu la curiosité de compter les fascicules de visite en langue étrangère, histoire de voir qui fréquente les lieux. Et nous avons compté pas moins de 8 piles de fascicules en langues asiatiques, chinois, japonais, coréen ! Effectivement, pendant notre visite, un car de Coréens (avons-nous décidé) nous a tenu compagnie, photographiant à tout va les murs du château et le paysage alentour. Hum... c'étaient peut-être des Japonais en fait...
De retour au pied du promontoire, nous poursuivons le tour du lac (en slovène Blejsko jezero), plus ou moins aménagé pour les piétons. Nous croisons beaucoup de touristes, beaucoup de Slovènes qui courent ou font du vélo, des rollers, etc. Le goût des Slovènes pour le sport ne se démentira pas : jusqu'à la fin du voyage, nous en croiserons qui courent à toute heure du jour et de la soirée. Surtout des femmes. Politique de santé publique ? Culture locale ? Nous n'en saurons pas plus. 
Pour notre part, nous cherchons le sentier n°6 qui doit nous mener quelque part dans la montagne, d'après notre guide. Son départ est tout au bout du lac et il grimpe franchement. Nous supposons que c'est un chemin de charrette car il est large, creusé d'ornières et rétif à toute forme de lacet : seul un cheval pourrait accepter une telle pente. De charrettes, nous n'en croiserons que des touristiques, mais l'allure des chemins nous permet de penser que les vraies charrettes utilitaires ne sont pas rangées très loin. Et puis les bois que nous traversons aujourd'hui sont visiblement exploités. Or, aucun véhicule motorisé ne peut circuler sur ces pentes. Donc... Mais à part ça, nous n'avons vu aucun cheval tirant la charrue comme en Roumanie. Ici, les champs sont cultivés en tracteur. 
Une fois sur notre sentier forestier, nous profitons du premier coin d'ombre pour sortir le pique-nique, de délicieux pains enroulés en spirales, fourrés l'un à la pizza et l'autre au fromage de chèvre. Pendant ce temps, les touristes marcheurs défilent devant nous, dans un sens... puis dans l'autre. 
L'estomac enfin plein, nous poursuivons l'ascension jusqu'à un belvédère au-dessus du lac et de son île occupée par une église et un ancien monastère, puis jusqu'à un petit sommet caché dans la forêt de hêtres, Veliva Osojnica. En redescendant vers le lac, nous faisons un détour par Ojstrica, un autre sommet mais rocailleux celui-ci. Le tour du lac se poursuit devant les superbes villas et les hôtels luxueux qui font face au château. La ville de Bled est un des fleurons du tourisme slovène grâce à son château, son lac et son île (qui sont d'ailleurs en couverture de notre guide), et c'est aussi une station thermale réputée (comme beaucoup de villes ici). De plus, Tito s'y était fait construire une résidence en 1947, devenue aujourd'hui la Villa Bled. Un petit palais. 
Un détour par l'Office du Tourisme nous permet d'acquérir une carte du parc national du Triglav qui est tout proche et dans lequel nous comptons nous promener demain. Et de toute façon, nous avons du mal à circuler quelque part sans carte dans la main. 
Comme il est encore tôt, nous prenons la voiture en direction du lac de Bohinj et de la cascade de la Slavica (Slap Slavica). L'accès à celle-ci est payant mais il est 17h50, la guichetière nous fait clairement comprendre qu'elle a hâte de débaucher, nous fait signe que, oui oui, nous pouvons monter à la cascade et ferme le portillon derrière nous. La grimpette comprend de nombreuses marches irrégulières mais la découverte de la cascade compense largement la fatigue de l'ascension : c'est fascinant !
Après quoi nous redescendons sur Bohinj (prononcer "Bohigne") et son lac. Nous faisons quelques pas sur la berge à Stara Fužina (prononcer "Stara Foujina") : ce lac est plus sauvage que celui de Bled, et surtout moins touristique, en tout cas à cette heure-ci. L'eau en est tout aussi transparente et cela nous impressionne. Dans chaque rivière coule une eau bleu lagon qui laisse apercevoir les cailloux calcaires jaunes et blancs qui reposent au fond. 
Nous dînons dans une auberge dans un village non loin de là, à Srednjava. A nouveau, nous goûtons la cuisine traditionnelle locale, avec un échafaudage de viandes de porc pour Antoine (filet de porc, saucisse, jambon : "du cochon en trois façons" a-t-il résumé) et une très bonne truite grillée pour moi. 
Avant de rentrer à Bled, nous faisons un dernier détour par la gare de Bohinj afin d'y trouver les horaires du car-train que nous voulons prendre demain. Mais à cette heure, la gare est bien sûr fermée et la lampe frontale est un peu juste pour éclairer l'unique affiche d'horaires, à l'intérieur. Le lendemain, nous nous rendrons compte qu'il y avait un deuxième panneau qui donnait les horaires, bien visible à l'extérieur celui-ci. Seulement, il était tellement décollé et gondolé que nous l'avons pris pour une vieille affiche de pub...

Mardi 14 avril : parc national du Triglav

Ce matin, avant de quitter Bled, nous passons à nouveau par la boulangerie : les croissants coco-choco et les pains fourrés nous ont bien plu. Nous prenons aussitôt la direction de la gare de Bohinj. Le guichet, sensé être ouvert, est fermé, donc impossible de prendre des billets ou réserver des places, ou même se renseigner. Mais nous pouvons maintenant consulter les horaires : un car-train part pour Most na Soči, sa plus lointaine destination (quelques 40 km plus loin), à 9h10. Dommage, il est 9h15. Le prochain car-train s'arrêtera à Podbrdo (prononcer "Podbeurdo"), juste de l'autre côté de la montagne, il part à 11h36. Si on avait su... Tant pis, nous passons le temps en déambulant dans le bourg de Bohinj : le bancomat, l'église (fermée), le cimetière et ses petites lampes rouges sur chaque tombe bien propre, le jardin public où des bénévoles sont en train de nettoyer le bassin et planter des fleurs, la rivière et les oiseaux qui vont avec (cincle plongeur, bergeronnette des ruisseaux). Avant d'embarquer, nous faisons quelques jolies obs devant la gare : hirondelles, serins, verdiers.
11h20 : le train arrive, le contrôleur nous fait monter sur la plateforme, payer et hop, c'est parti pour 10 min de car-train... dans un tunnel ! Centenaire, le tunnel. Il a dû être utilisé pendant la 1ère Guerre Mondiale comme d'autres dans ce secteur.
Du côté de Podbrdo, la vallée est très différente, plus encaissée, mais tout aussi onirique : forêts, prairies, séchoirs à foin, montagnes, sommets acérés et enneigés. Il faut dire que la vallée de Bohinj et Bled est un ancienne vallée glaciaire, ce qui fait qu'elle est très large et très plate, hormis les quelques blocs qui forment les sommets que nous avons grimpés hier. Cela explique aussi la présence des grands lacs de Bled et Bohinj.
Notre route traverse Most na Soči et Tolmin, puis longe la rivière Soča (prononcer "Sotcha"). Ici ont eu lieu les batailles du front de l'Isonzo (le nom italien de la Soča) pendant la 1ère Guerre Mondiale, entre l'Italie et l'empire austro-hongrois. Hemingway le raconte dans L'adieu aux armes. Nous passons d'ailleurs à Kobarid, où Hemingway se trouvait au moment de la grande retraite de l'armée italienne. Les montagnes sont impressionnantes, on imagine bien quelle pouvait être l'importance stratégique de ces crêtes, mais aussi la rudesse des combats sur de telles pentes.
Nous prenons la route qui monte au célèbre col de Vršič ("Veurchitch"), dans les Alpes juliennes. Il paraît qu'elle est vertigineuse. Pour commencer, elle suit la Soča. Nous faisons halte sur un parking et grimpons dans la forêt à la recherche d'un coin où déjeuner. Il fait toujours aussi chaud et les chemins sont décidément raides. Nous entrons dans une grotte-tunnel qui pourrait bien dater de 1914-18. Dommage que nous n'ayons pas de lampe frontale dans nos poches. Au sommet de la montagne se trouvent les vestiges d'un château et d'une citerne du début du Moyen Age. La citerne a été en partie reconstituée mais du château, il reste surtout les fossés. C'est là que nous dégustons nos pains à la pizza et au fromage, en écoutant le chant des mésanges, des coucous et des pics noirs. 
La route se poursuite par Bovec avant d'entamer l'ascension proprement dite. Elle comprend 25 lacets environ, tous numérotés. Environ, car nous savons qu'il y en a 50 en tout sur les deux versants, mais dans la descente, les pancartes ont été enlevées, sans doute à cause de la neige. En tout cas, ça grimpe, et pas qu'un peu ! Les parois au-dessus et en-dessous de nous sont quasi-verticales. Enfin, nous atteignons le col, plus ou moins dans la neige, à 1611 m. Nous y croisons deux gars qui reviennent d'une grande rando, flairent les marcheurs à nos tenue et nous conseillent l'ascension d'un petit sommet enneigé tout proche. C'est l'occasion de sortir les guêtres pour une petite grimpette dans la neige, qui nous emmène sur un belvédère au dessus de la vallée de la Soča. En chemin, on croise une casemate autrichienne de la première guerre, avec l’affût d'un canon pointé sur ce qui était l'Italie il y a un siècle...
La descente sur Kranjska Gora est moins vertigineuse dans les bois, mais tout aussi belle. On y croise rapidement une chapelle orthodoxe, construite en mémoire des 400 prisonniers russes qui se sont trouvés sur le passage d'une avalanche alors qu'ils construisaient la route pour le ravitaillement du front.
Nous terminons par l'autoroute en direction de Ljubljana où nous trouvons un hôtel un peu à l'extérieur de la ville, couplé à un complexe sportif : fitness, squash, salle de gym, badminton, massage pour après l'effort, manucure (on ne voit pas immédiatement le rapport avec le sport). Et l'endroit est très fréquenté jusqu'à tard dans la soirée ! En allant dîner dans le restaurant le plus proche, une pizzeria, nous croisons à nouveau des gens qui courent : ces Slovènes ne s'arrêtent jamais !

Mercredi 15 avril : Ljubljana

Welcome to Ljubljana city ! Nous prenons le petit déj à l'hôtel avant de partir à pied pour le centre-ville. Ljubljana est une ville à la campagne, pour ainsi dire. On en est très vite sorti et quand on est dans la ville, les champs sont vraiment tout près. 
Nous commençons la visite par le parc botanique, pour compléter notre collection. Celui-ci a beau avoir été créé par Napoléon, il est petit par rapport à ceux de Copenhague et de Lisbonne. C'est sans doute parce qu'on n'est encore qu'au début de la saison touristique, mais il ne semble pas très entretenu. Dans la petite serre, quelques plantes géantes nous rappellent les Açores. 
Nous continuons vers le château planté sur sa colline, entouré d'un grand parc boisé. L'accès à l'enceinte est libre, mais certaines parties intérieures sont payantes : les repérer n'est pas évident. Ce château est un mélange d'ancien remanié et réhabilité (une expo au sous-sol nous présente ces transformations) et d'architecture contemporaine, notamment des structures métalliques. L'assemblage est plutôt réussi. Ceci dit, le château de Ljubljana se révèle être un vrai dédale de couloirs et de souterrains médiévalo-contemporains, avec expo d'œuvres d'art tout à fait XXème siècle et présentation de vestiges anciens. A force de circuler entre les différentes salles, nous finissons par entrer dans certaines zones sans doute payantes, comme le pénitencier ou la chapelle Saint-Georges dans laquelle sont peints les blasons des gouverneurs de la province et de certains souverains autrichiens.
Nous descendons de la colline du côté de la vieille ville et débouchons sur le marché. La plupart des bancs proposent des fruits et légumes, je trouve ça très appétissant. Les fraises sont énormes et juteuses, j'en ferai mon dessert (slurp !!). Devant les arcades construites au bord de la rivière Ljubljanica par l'architecte slovène Jože Plečnik, des baraques vendent différentes sortes de poissons frits ou grillés. C'est là que nous déjeunons de calamars frits (avec leurs tentacules) pour Antoine et de sortes de petits vairons frits (avec leurs yeux) pour moi. C'est bon mais un peu écœurant. En plus, il fait chaud et il y a peu d'ombre dans ce secteur.
Commence maintenant l'exploration de la ville, guidés par notre Lonely planet et le plan touristique fourni par l'hôtel. Nous arpentons les quais de la Ljubljanica, les places et les rues encombrées de tables devant les cafés, traversons des ponts, notamment le triple pont Tromostovje, projet de Jože Plečnik qui ajouta deux passerelles piétons à l'ancien pont existant. Nous croisons de nombreuses statues, comme celle du poète France Prešeren sur la Prešernov trg ("place Prešeren" en français, prononcer "Préchernov teurgue"). Ici les églises sont baroques et les façades néoclassiques, voire de style sécessionniste. L'expression nous a beaucoup amusés parce qu'on ne savait pas trop ce que ça recouvrait ; depuis on sait que c'est un style proche de l'Art Nouveau mais particulier à l'Autriche, ce qui ne nous avance pas beaucoup plus. En tout cas, il y a beaucoup de bâtiments sécessionnistes à Ljubljana. 
Nous traversons le centre-ville jusqu'au parc de Tivoli. Juste à côté, nous entrons dans une église orthodoxe serbe, avec panneau d'information en cyrillique, iconostase (le mur d'icônes qui sépare les fidèles de l'autel) et fresques dorées sur les murs et les voûtes. A l'entrée, nous sommes accueillis d'un "dober dan" par le pope, puis discrètement surveillés par une "visiteuse" qui admire les icônes.
Le parc de Tivoli offre une exposition en plein air sur l'architecture contemporaine à Ljubljana. La ville semble avoir été un laboratoire architectural au tournant du XXème siècle. Elle abrite d'ailleurs toujours une des meilleures écoles d'architecture d'Europe centrale et on y trouve des éléments d'urbanisme intéressants, comme des passerelles et des ponts réservés aux piétons et aux cyclistes (nombreux ici) qui sont très chouettes et bien mis en valeur.

Dans le parc, alors que nous faisons une petite pause à l'ombre (il fait toujours très chaud), Antoine perçoit le chant d'un grimpereau des jardins. Après une dizaine de minutes, nous finissons par apercevoir ce petit passereau spécialiste des troncs d'arbres et bien connu pour son mimétisme.
Pour continuer, nous visitons le Musée d'Histoire Naturelle de la ville : une salle assez didactique est consacrée à Darwin et à l'évolution, d'autres renferment une impressionnante collection d'animaux naturalisés : oiseaux (parfait pour s'entraîner à les reconnaître, ils ne bougent pas trop), poissons, mammifères locaux (dont un ours et un loup), papillons, etc. ainsi que des minéraux et quelques plantes. Une autre salle est consacrée au Proteus anguinus, animal cavernicole rare que nous espérons bien voir en visitant un grotte dans les prochains jours. 
Nous revenons dans la ville au hasard des rues. Nous passons devant le Parlement (pour ajouter à notre collection de parlements européens), un cube sculpté de bas-reliefs, puis faisons un détour par un bâtiment Art déco qui ne nous apprend pas grand-chose sur ce style architectural. Nous entrons ensuite dans l'église baroque des Ursulines. Arrêt sur la place de la Révolution Française où une colonne a été érigée à la gloire des soldats de l'armée révolutionnaire de Napoléon, qui a créé ici la province d'Illyrie, permettant ainsi à la future Slovénie d'acquérir son indépendance pour la première fois. Ca n'a duré que 4 ans, mais quand même. Nous retraversons la Ljubljanica sur le pont des Dragons, lesquels sont l'emblème de la ville. 
Nous finissons la journée par un dîner sur une placette de la vieille ville puis le retour à l'hôtel à travers Ljubljana by night : les quais, les colonnades du marché en plein nettoyage, puis la porte monumentale érigée par l'incontournable Plečnik dans un imposant style néogrec.

Jeudi 16 avril : de Ljubljana à Piran

Nous quittons Ljubljana pour les marais qui se trouvent juste au sud-ouest de la ville. Nous mettons un bon moment avant de trouver un chemin qui y pénètre car la zone est assez urbanisée. En marchant jusqu'au bord de la rivière, nous entendons chanter beaucoup d'oiseaux, mais la plupart restent cachés. Un tarier pâtre se laisse observer, posé sur un buisson. Peut-être avons-nous aperçu, et surtout entendu, une fauvette orphéane, mais comme c'est un passereau furtif qui ressemble beaucoup à la fauvette mélanocéphale (que nous ne connaissons pas beaucoup non plus), c'est difficile à dire avec certitude. En tout cas, la traque est plus frustrante que fructueuse.
En route vers la côte, nous nous arrêtons faire des courses dans un bourg. Là, nous découvrons les vestiges d'une pile du viaduc ferroviaire qui traversait la vallée au début du XXème siècle. Plus loin, nous trouvons enfin un chemin qui conduit dans le marais et nous pique-niquons au bout, dans un pré. Nous y croisons une grande aigrette, mais toujours peu d'oiseaux par rapport à nos espérances. Ces marais semblent assez cultivés, un peu partout on voit des jardinets avec un véhicule garé auprès. 
L'étape suivante nous mène au château de Predjama (en slovène Predjamski grad). J'ai dormi entre les deux, mais Antoine dit que la route était sinueuse, voire virevoltante. Bien conservé et mis en valeur, le château de Predjama nous apparaît comme un impressionnant nid d'aigle. Construit au XIVème siècle, il était réputé imprenable. C'est un labyrinthe d'escaliers et de couloirs, sur quatre étages, enchâssé dans une falaise. Il domine la rivière Lokva qui disparaît dans un gouffre en-dessous.
Un chevalier-brigand dans le style de Robin des Bois y vivait, le fameux Erasme de Predjama. Il a si bien titillé l'empereur que l'armée autrichienne a fini par assiéger le château. Le siège a duré un an car, par le réseau de grottes derrière le château, on pouvait accéder à la vallée voisine et s'y ravitailler. A la fin, Erasme de Predjama a été vaincu par la trahison d'un serviteur qui a indiqué aux Autrichiens le point faible de l'édifice : les latrines. Et c'est là qu'un boulet bien ajusté a mis fin aux jours du seigneur du lieu et au siège par la même occasion. 
Nous poursuivons notre route vers Piran, petit port sur l'Adriatique. Nous passons près de Koper, le seul port industriel slovène. Il faut dire que la côte slovène n'est vraiment pas longue. A Piran, la ville médiévale est piétonne, il faut se garer à l'extérieur. Nous entrons donc sur le port d'allure vénitienne à pied. Nous trouvons à nous loger dans une sorte d'AJ tenue par un couple qui parle anglais, italien ou allemand selon les besoins. D'ailleurs, à Piran, tout le monde parle italien (et slovène aussi). Nous dînons sur le front de mer dans un restaurant très chic mais qui finalement ne casse pas des briques. Antoine estime que le poisson qu'on lui sert est aussi bon que celui de la cantine de l'Ifremer. C'était bien la peine de venir jusqu'en Slovénie ! Quant à ma soupe de poisson, ce sont des morceaux de poisson qui trempent dans du bouillon, comme en Roumanie.
Avant de rentrer à l'AJ, nous tournons un peu dans le centre médiéval, dans le labyrinthe (encore un) de ses ruelles étroites, jusqu'aux vestiges de ses remparts et à la cathédrale San Giorgio flanquée de son campanile et de son baptistère. Tout cela est décidément beaucoup plus italien que germanique. Nous terminons la visite de Piran par une église située tout au bout de la péninsule, près du phare qui a donné son nom à la ville ("Piran" vient du mot grec signifiant "feu").
A propos de feu, nous avons un petit souci d'électricité dans notre chambre à l'AJ : le plafonnier met presque une minute à s'allumer et c'est la seule lampe qui fonctionne. Quant au couloir, il vaut mieux se munir de la frontale pour y circuler. Mais bon, nous y sommes pour dormir, pas pour se promener dans les couloirs.

Vendredi 17 avril : de Piran à Ljubljana

Après le petit-déjeuner, nous commençons par récupérer la voiture à son parking. Les tenanciers de l'AJ nous ont prêté une carte magnétique qui permet de sortir du parking comme un résident (le prix du parking est compris dans celui de la chambre). Nous devons ensuite revenir en centre-ville en voiture, en prenant un ticket d'accès qui est gratuit pendant les 15 premières minutes, pour échanger la carte magnétique contre la carte d'identité d'Antoine restée en caution. Et récupérer les sacs ! Avec tout ça, nous ne quittons Piran qu'à 10h. 
Notre route longe la côte et traverse la ville balnéaire ultra-chic de Portoroz, avec ses palmiers, ses hôtels et son casino. On se croirait sur la Côte d'Azur. Mais nous, nous filons vers les salines de Sečovlje (prononcer "Sétchovlié"), une réserve naturelle importante, notamment pour l'avifaune. Les salines sont en partie encore en activité, et c'est par ce côté-ci que nous commençons la visite. Etant donné que c'est un espace de travail, peu de chemins sont ouverts à la circulation, même piétonne. De plus, marcher sur les digues risque de les endommager et de nuire à la faune et à la flore de la réserve. Nous ne pouvons donc pas nous approcher des rares oiseaux qu'Antoine arrive à mettre dans la lunette. Et puis, il pleut. Une pluie à grosses gouttes qui s'infiltre à l'intérieur des vêtements. Heureusement, elle va vite cesser.
Depuis une terrasse panoramique, nous repérons un coin assez éloigné qui accueille un peu plus d'oiseaux qu'ailleurs. Sur les indications du gars qui tient la caburote à l'entrée, nous contournons le marais afin d'y accéder par un chemin le long de la frontière croate. Il faut d'ailleurs franchir le poste-frontière slovène avant de pénétrer dans le marais. C'est la seule frontière à laquelle nous ayons été contrôlés "sérieusement" (c'est à dire simple vérification que nos papiers d'identité correspondent bien à nos têtes).
De ce côté, les salines sont abandonnées et le marais est quasiment sauvage. Et les oiseaux sont beaucoup plus nombreux, aussi bien dans les bassins qu'aux abords : loriot et grosbecs circulent dans les arbres autour de nous tandis que nous pique-niquons. Si nous avions su (et ça sera l'expression fétiche du voyage), nous serions venus ici directement.
En repartant, nous repassons le poste-frontière slovène : les gardes regardent vaguement nos photos. Nous ont-ils reconnus ? En tout cas, il est beaucoup plus facile d'entrer que de sortir de ce pays...
En début d'après-midi, nous quittons la côte pour explorer la région du Karst (ou "Kras" dit-on plutôt en slovène), truffée de grottes. Notre choix se porte sur celles de Škocjan (prononcer "chkotsiane), classées au patrimoine mondial de l'Unesco. Nous y arrivons une demi-heure avant le départ de la visite guidée, parfait ! Cela nous laisse le temps d'admirer la doline (Doline est le nom du lieu-dit, à l'origine) au fond de laquelle coule la rivière Reka. Euh, en passant, "rivière" en slovène se dit aussi "reka" : c'est la reka Reka.
La rivière a creusé la première partie de la grotte, la "Grotte du Silence" avant de descendre dans une strate inférieure. Cette partie est à moitié écroulée mais contient des concrétions merveilleuses. Une vraie féérie de calcaires blanc, brun, noir comme autant de choux dégoulinant de chocolat ou de chantilly qui scintillent sous la lumière des projecteurs. On la traverse avant d'atteindre la grotte dans laquelle coule aujourd'hui la Reka. Non moins splendide, cette deuxième partie se signale par son gigantisme. Le puissant grondement de la rivière y emplit tout l'espace ; on est loin du silence de la première grotte ! Nous descendons des escaliers puis circulons à mi-hauteur sur des sentiers au bord du gouffre, traversons des passerelles au-dessus d'un vide dont le fond se perd dans l'ombre. Devant nous, le sentier tracé par les projecteurs, comme une chenille lumineuse, est tout simplement fascinant. Nous sommes dans la Moria, cette ancienne cité sous la montagne que traversent Frodon et ses compagnons dans Le Seigneur des Anneaux. Et cette passerelle vertigineuse ressemble beaucoup au pont étroit sur lequel Gandalf combat le Balrog.
Après ce parcours onirique et souterrain, nous émergeons dans la doline, entre les mousses et les fougères, avant de monter dans le funiculaire (un nouveau moyen de transport !) qui nous ramène dans le réel. Nous retournons au belvédère au-dessus de la doline et, oh surprise, c'est là que nous observons le ballet de plusieurs martinets à ventre blanc !
La suite du programme voudrait que nous nous dirigions vers la Basse-Carniole, au sud du pays. Mais cette région se trouve derrière des montagnes pas faciles à traverser et l'après-midi est déjà bien avancé. Nous faisons halte au lac intermittent de Cerknica, superbe milieu où les zones lacustres sont entrecoupées de touffes d'herbes et de bosquets. Là, enfin, les oiseaux sont nombreux : combattants et autres limicoles, fuligules, bergeronnette printanière, etc. Malheureusement, nous ne pouvons pas rester longtemps, le soir arrive trop vite. Nous décidons de remonter dormir à Ljubljana, c'est la route la plus courte pour la Basse-Carniole. Ce faisant, mais nous l'ignorons, nous évitons la région slovène où vivent les ours. Et nous finissons la soirée dans l'hôtel Bitcenter quitté la veille.

Samedi 18 avril : de la Krka à Celje

Nous quittons Ljubljana sous une pluie battante. Après réflexion et comme la grotte de la Krka (prononcer "Keurka"), où vivent des protées, n'est ouverte que l'après-midi, nous décidons de prendre l'autoroute jusqu'à Novo Mesto puis de remonter la vallée de la Krka par la petite route en début d'après-midi. 
A Novo Mesto, il pleut encore. Nous faisons un petit tour en ville (certaines rues sont bordées d'arcades, nous en profitons) puis entrons dans la cathédrale. Elle est gothique, assez proche de ce qu'on connaît en France, alors que les églises que nous avons vues jusqu'à présent étaient plutôt baroques : sobres à l'extérieur, avec juste un petit fronton, et très dorées dedans, parfois peintes. Enfin, quand je dis "sobres à l'extérieur", je parle de la forme. Parce que pour ce qui est de la couleur, les moulures hésitent souvent entre le vert chewing-gum et le vieux rose.
Nous restons dans l'entrée de la cathédrale de Novo Mesto car il y a une célébration indéterminée à l'intérieur. Le texte des chants est projeté sur un écran, élément de modernité qui contraste avec la soutane à boutons violets de l'évêque qui arrive quelques instants plus tard et disparaît aussitôt par une petite porte. Pour la visite, nous nous rabattons sur la crypte, également gothique, qui renferme une pietà et plusieurs pierres tombales que nous essayons de déchiffrer (en latin, plus simple que le slovène). 
Remontons maintenant la rivière Krka. Nous faisons halte à Dolenjske Toplice, d'où partent plusieurs sentiers. Nous voulions faire une belle rando, pas une toute petite balade, mais avec la pluie qui ne veut pas s'arrêter, ça semble compromis. Le gars de l'Office du Tourisme nous donne quelques cartes et un prospectus sur le site du premier Âge du Fer (période de Hallstatt) qu'il y a dans le coin. Comme nous l'avions prévu, il existe des sentiers qui traversent le site protohistorique. Nous commençons pour nous égarer un peu dans les bois (trop de sentiers) puis découvrons la nécropole : des dalles de pierre nous semblent effectivement taillées en forme d'auges ou du moins former des contours de tombes. Plus loin, nous faisons halte sur un lieu où étaient regroupées des forges : elles ont été reconnues grâce aux scories métalliques laissées sur place et que les archéologues ont repérées par des techniques de résonance électro-magnétique. Mais nous, nous ne pouvons rien trouver de visible, cette fois. Nous terminons par un lieu où a été reconstitué un fragment du rempart de l'oppidum. Il pleut tellement que je suis frigorifiée, nous revenons à la voiture trempés comme des soupes ! Heureusement, nous avons toutes nos affaires dans le coffre (et un peu en vrac sur la banquette arrière), ce qui nous permet de remettre des vêtements secs. 
Nous poursuivons notre route le long de la Krka, qui serpente entre des collines de plus en plus hautes. Et peu à peu, la pluie se transforme en neige ! Les voitures que nous croisons ont toutes les phares poudrés de blanc, parfois même le toit ! A une intersection, l'une d'elle avance sans nous voir et manque de nous rentrer dedans, mais Antoine réagit promptement et la voiture s'arrête à temps. Ouf, plus de peur que de mal.
Nous voulons visiter la grotte de la Krka, au-dessus du village de Krka, là où se trouvent les sources de la rivière Krka (quand les Slovènes tiennent un nom, ils s'en servent jusqu'au bout !), mais elle est assez mal indiquée. Nous tentons plusieurs routes. Quand la première se transforme en chemin, nous craignons qu'elle nous mène dans une cour de ferme et faisons demi-tour. La deuxième grimpe dans la montagne au-dessus du village et elle aussi perd son goudron après un ou deux kilomètres. Et à cette altitude, la neige tient au sol. Nous préférons ne pas aventurer la voiture sur ce genre de chemin dans ces conditions et revenons en arrière. La troisième route est la bonne : il faut dire que ça y est, nous avons trouvé les pancartes "Krška jama". Maintenant que nous sommes où nous voulons, nous pouvons déjeuner ; il suffit que nous soyons à la billetterie pour 15h puisque, d'après notre guide Lonely planet, il y a une visite par heure. 
15h, nous sommes devant la billetterie. Et là, oh surprise  : la grotte est ouverte le samedi matin de 10h à 13h... Zut et re-zut. Et dire que nous avons fait notre parcours "vallée de la Krka" à l'envers exprès pour pouvoir visiter la grotte l'après-midi. Nous nous consolons par un petit tour devant l'entrée de la grotte et près des sources de la rivière : l'eau sourd de partout, sous les graviers, entre les dalles de rochers, etc. C'est vraiment étonnant !
Question météo, ça ne s'arrange pas. Nous allons donc reprendre la voiture pour remonter en direction de la Basse-Styrie. Nous faisons halte au monastère cistercien de Stična, toujours habité par des moines. L'un d'eux nous accueille à l'entrée du monastère, nous donne un livret explicatif et nous fait payer le droit d'accès, le tout en anglais balbutiant. C'est bien le premier Slovène que nous croisons qui ne maîtrise pas l'anglais ! Bon, son grand âge l'excuse. Nous circulons dans les cours du monastère, mais sommes incapables de dire s'il est permis ou non d'entrer dans les pièces dont les portes sont fermées. Il y a bien des écriteaux dessus, mais en slovène... Nous n'osons visiter que l'église, gothico-baroque. 
Continuant la route vers le nord, nous suivons les gorges de la rivière Sava, puis traversons des vallées où l'activité industrielle est importante. Nous arrivons enfin à Celje, ville plus grosse qu'on aurait cru : c'est même la troisième ville du pays, derrière Ljubljana et Maribor. 
Pour commencer, il n'est pas possible d'y tourner à gauche. Or, l'AJ que nous visons est à gauche. Ensuite, il est difficile de s'y garer. Nous trouvons un parking couvert à étages un peu comme à Piran, mais les tarifs sont prohibitifs, il faudra peut-être chercher autre chose. Enfin, l'AJ est pleine ! Elle accueille un festival de musique ou quelque chose dans ce goût-là et n'a plus un chambre de libre. Nous nous rabattons sur l'hôtel voisin, dont le guide dit qu'il a des chambres à partir de 68 €. Mais quand nous arrivons à l'accueil, c'est un chambre à 88 € qu'on nous propose. Plus la taxe de séjour, plus le parking (quand même moins cher que notre parking couvert)... la note monte ! La réceptionniste a flairé le pigeon, et le pigeon, c'est nous. Parce que la chambre censée être "grand confort" (c'est ce que nous comprenons en consultant les tarifs, une fois dans la chambre et la note payée) ne mérite vraiment pas un tel prix : trou de brûlure de cigarette sur le couvre-lit, douche qui fuit, ouais, bon. Nous n'avons donc aucun scrupule à y faire sécher nos chaussures de rando sales et nos chaussettes trempées. 
L'hôtel a un restaurant attenant, mais nous préférons aller faire un tour en ville. Histoire de visiter mais peut-être aussi grognons de nous être fait avoir si facilement. Le centre-ville de Celje n'est pas très grand, mais assez rupin et surtout complètement mort. Ca nous change beaucoup de Ljubljana et de Piran, des villes très vivantes même le soir ! Nous découvrons un morceau des anciens remparts, près d'une église, avant de trouver un restaurant italien qui ne désemplit pas. Normal, c'est le seul du centre-ville. Le guide en indique d'autres, mais qui ont disparu.
Notre dîner est donc italien, une fois de plus, mais arrosé de Laško, la bière brassée non loin d'ici ; nous sommes passés dans ce bourg juste avant d'arriver à Celje. La Laško fait office de bière nationale, on la voit partout en Slovénie. C'est une bière légère, sans goût particulier, pas tellement marquante. Antoine la rapproche de la bercloise, notre bière "nationale" à nous. Nous avons aussi goûté à la bière Union, qui est brassée près de Ljubljana et ressemble assez. A côté de cette brasserie se trouve d'ailleurs un musée de la bière. Nous avons testé un vin blanc local, à Bohinj, assez léger aussi mais un peu vert selon Antoine. Nous ne l'avons pas trouvé transcendant et n'avons pas eu l'occasion plus tard, de regoûter le vin slovène. Il y a pourtant pas mal de vignobles, à l'ouest du pays autour de Nova Gorica, et au sud, en Carniole Blanche. Nous avons vu quelques vignes sur les collines près de la Krka.

Dimanche 19 avril : de Celje à Maribor

Nous sortons de Celje et prenons l'autoroute en direction de Ptuj. Le vieux centre-ville de Ptuj est construit au bord de la rivière Drave, on y trouve quelques maisons médiévales et surtout beaucoup de façades baroques colorées comme des macarons. Il y a quelques ruelles minuscules, nous en empruntons une pour monter jusqu'au château. Depuis la terrasse, nous bénéficions d'une belle vue sur les toits rouges de Ptuj et sur la Drave.
Le coeur de la ville basse se situe autour de l'église (où une messe est en cours) et de la tour de la ville. Des stèles et des pierres tombales romaines et médiévales sont enchâssées dans les murs des deux monuments, souvenirs de la prospérité de Ptuj à l'époque où celle-ci se nommait Colonia Ulpia Traiana Poetovio.
Nous poussons jusqu'à la tour de la Drave, construite au bord de la rivière pour protéger la ville contre les attaques des Turcs. En ville, nous trouvons aussi de quoi petit-déjeuner : les boulangeries (pekarna) sont décidément les commerces que nous fréquentons le plus !
Pour continuer nos pérégrinations, nous traversons la plaine de Maribor en direction du massif montagneux du Pohorje (prononcer "Pohorié"). Nous nous arrêtons en cours de route pour chercher un oiseau entr'aperçu depuis la voiture, et nous observons finalement un busard des roseaux mais aussi des alouettes des champs, des cochevis huppés et plusieurs groupes de chevreuils. 
L'ascension vers Areh, la station de ski où nous voulons trouver des sentiers de randonnée, se fait par une petite route en lacets de plus en plus bordée de neige. En haut, il y en a bien 10 cm ! Nous pique-niquons sur une terrasse de bar fermé en cette saison, mais bien dans la neige. 
A 14 h, nous sommes équipés chaudement, prêts pour une petite rando d'après-midi. Sur la carte affichée près du parking, de très nombreuses randonnées sont indiquées, mais elles sont soit trop longues (parfois une soixantaine de kilomètres) soit courtes. Nous choisissons d'enchaîner deux courtes balades en repassant par la voiture entre les deux pour boire et grignoter. C'est donc sans sac que nous partons sur les chemins enneigés. 
A la première intersection, un panneau indique "Slap Šumik 1 h 40" : oui, c'est vrai, il y a une cascade dans le coin, j'avais lu ça sur le guide ! Nous pousserons donc jusque là, en suivant les panneaux et la carte prise en photo. En route, nous croisons quelques oiseaux : mésanges noires, pic noir, et... un bonhomme de neige ! Lulu, c'est son nom. Mais de panneaux indiquant la Slap Šumik (prononcer "Choumik"), point. Juste des "Šumik V." et des "Šumik M.", et encore, pas des quantités. Nous descendons sur des sentiers souvent bien enneigés, entre les hêtres majestueux et les sombres sapins, nous hésitons aux intersections et manquons même de rencontrer... un ours ! Nos oreilles sont attirées par des frottements dans les fourrées, comme des sortes de pas... Mais non, ce n'est que la neige qui tombe des arbres ! De retour en France, nous constaterons d'ailleurs que les ours vivent plus au sud du pays, dans la zone que nous avons évitée vendredi en revenant dormir à Ljubljana. 
En bas, notre sentier croise une route non goudronnée mais très enneigée. C'est là que nous sommes interpelés par le conducteur (slovène) d'une voiture un peu égarée, qui nous demande en anglais si la suite de la route est praticable. Nous poursuivons notre chemin et parvenons enfin à la Slap Šumik (un panneau en fait foi) qui est en fait... un torrent ! Et tout ça au bout de 2 heures au lieu des 1 h 40 prévues. Nous sommes un peu déçus mais surtout assoiffés et affamés, nous rêvons de barres de céréales et de gourdes d'eau ! Nous comprendrons plus tard qu'il y a bien une vraie cascade sur la rivière Šumik ; nous avons dû rater un chemin quelque part... 
Après tout ça, il n'y a plus qu'à remonter. Nous empruntons une autre piste qui nous évite la partie la plus caillouteuse du sentier pour rejoindre Lulu qui trône toujours au milieu de son chemin. En route, nous croisons de nombreuses traces d'animaux que nous essayons de reconnaître : des chevreuils, des sangliers, des mustélidés non identifiés et sans doute des cerfs. A côté des empreintes, Sherlock Antoine et Céline Holmes trouvent même parfois d'autres indices : des poils !
Et enfin apparaît la SX4 sur son parking ! Les estomacs remplis, nous partons pour Maribor, la deuxième ville du pays. Echaudés par l'expérience d'hier soir, nous commençons par trouver un parking. Du coup, sans GPS ni plan, nous nous perdons un peu pour trouver l'AJ choisie, installée au deuxième étage de la boulangerie réhabilitée d'une ancienne caserne militaire. Elle était pourtant indiquée, mais pas aux carrefours où nous sommes passés... L'AJ est très moderne, bien aménagée, conçue pour éventuellement accueillir des étudiants pour quelques temps, mais comme hôtes, on dirait bien qu'il n'y a que nous.
Quand nous dînons en ville, dans un restaurant balkanique sur les quais de la Drave, il est 21 h bien passées. Nous goûtons les plats des Balkans (la Slovénie ne se considère pas comme faisant partie des Balkans) : de la viande hachée grillée et mélangée avec des légumes, accompagnée de pain qui ressemble au pain pita. C'est délicieux mais ça en bouche un coin ! Par contre, nous attendons toujours notre soupe aux champignons, un plat slovène réputé et qu'il aurait fallu goûter. Les cartes des premières auberges, à Bled et Bohinj, en proposaient. Tant pis, il faudra revenir !

Lundi 20 avril : de Maribor à Forbach

Nous quittons l'AJ après le petit déjeuner et enchaînons immédiatement avec la première aventure de la journée. Hier soir, Antoine a finalement déplacé la voiture et l'a garée sur le parking de l'AJ, qui est fermé avec une chaîne. La tenancière lui avait dit que c'était simple, il suffisait d'ôter la chaîne de son crochet pour ouvrir le passage. Mais ce matin, nous constatons avec stupeur qu'une autre voiture s'est garée sur la place exactement devant le passage !! C'est d'autant plus stupéfiant qu'il y a encore d'autres places ailleurs. Difficile de sortir... Qu'à cela ne tienne : devant la SX4, il y a une bande d'herbe plantée d'arbres (pas trop serrés heureusement) et bordée d'un trottoir qui longe une rue, il suffit de sortir par là !
Ce problème résolu, il nous reste à trouver un pique-nique. Celje était la ville sans boulangerie, Maribor est la ville des boulangeries devant lesquelles on ne peut pas se garer. Eh bien tant pis, nous allons voir ailleurs. Nous nous arrêtons donc juste avant la frontière autrichienne pour prendre du carburant et acheter du pique-nique, un genre de hot-dog ouvert. Le boulanger nous parle tout de suite en allemand (nous a-t-il réellement pris pour des Allemands ou parle-t-on plus facilement allemand que anglais aux étrangers dans ce coin ?), et devant notre hésitation sur le pain à acheter, nous offre deux pâtisseries supplémentaires !
Je précise que, en Slovénie, tout le monde parle très bien anglais, aussi bien la tenancière d'une AJ branchée que le moindre pompiste dans un village au fin fond des montagnes. Peut-être cela vient-il de la situation géographique du pays, qui en fait une sorte de carrefour ? Comme aux Açores, nous avons remarqué aussi que tous les films en anglais sont sous-titrés et non doublés. Là-bas, Berta nous avait expliqué que cela jouait beaucoup dans la maîtrise de la langue anglaise. De plus, les Slovènes n'attendent pas du tout des touristes qu'ils parlent leur langue : dès qu'on est repéré comme touriste, on a droit à l'anglais, éventuellement l'italien sur la côte et donc l'allemand dans l'est du pays.
Puis c'est le départ pour la longue route, à commencer par l'Autriche et ses kilomètres de tunnels entrecoupés de travaux (ramassage des déchets et élagage, notamment : c'est très bien, c'est sûr, mais la longueur de voie interdite à la circulation nous semble très exagérée). Nous dégustons nos pains-saucisses sur une aire dans un parc national à proximité des montagnes. Il faut dire qu'en Autriche, la montagne n'est jamais très loin. Nous remarquons des coupes à blanc sur les pentes proches, ce qui contraste avec la Slovénie. Là-bas, les forêts (58% du territoire) sont très exploitées, mais de façon harmonieuse ; nous n'y avons jamais vu de coupes à blanc comme ici.
La route se poursuit en Allemagne, à côté des files de camions. Vraiment, la quantité de camions est impressionnante : à droite, ils forment une file ininterrompue, quasiment à touche-touche, et il arrive souvent qu'un camion passe sur la voie du milieu pour en doubler un autre. Nous dépassons des camions allemands, mais aussi slovènes, tchèques, slovaques, hongrois, roumains, lituaniens, lettons, et même turcs ! Toute l'Europe centrale et orientale s'est donnée rendez-vous sur cette autoroute allemande, celle précisément où nous sommes en train de circuler... 
Quoique, "circuler", c'est vite dit. Vers 17h, nous nous apercevons tout à coup que notre réservoir est presque vide !!! (hum, déjà vu, ça... ) Nous sommes obligés de faire encore quelques kilomètres avant de trouver une station sur une aire d'autoroute, mais nous savons que nous ne pourrons pas atteindre la suivante. Pourtant, celle-ci est blindée de camions. C'est l'heure à laquelle ils commencent à s'arrêter en prévision de la nuit. Et les places sont chères ! Sur cette aire, toutes les places de parking sont occupées par des poids lourds, ils ont investi les passages, la voie de dégagement qui vient de l'autoroute et même les accès à la station-service ! Impossible de s'approcher des pompes, sauf... en franchissant un trottoir ! 
Notre réservoir rempli, et avant même d'avoir quitté l'aire, nous nous retrouvons confrontés à un énorme bouchon. Les camions occupent les deux voies de droite et les voitures avancent tant bien que mal sur celle de gauche. Nous avons juste à prendre notre mal en patience et attendre que le bouchon se résorbe tout seul. 
Maintenant que l'autoroute est dégagée, Antoine tente l'expérience : à quelle vitesse ces Allemands peuvent-ils bien rouler ? 140, 150, 160, 165 km/h, Antoine serre le volant de toutes ses forces et sue à grosses gouttes, et c'est alors qu'il voit arriver un bolide dans son rétro ! Il se rabat et nous nous faisons à nouveau dépasser par des fusées !! Certains Allemands, avec leurs grosses BMW et leurs Audi, roulent donc à un bon 180, sans doute même 200...  
La frontière est enfin franchie entre Sarrebruck et Forbach, où nous trouvons un hôtel. Voilà, nous sommes de retour en France, plus besoin de tourner la phrase trois fois dans sa tête avant de demander une chambre ou à manger !