Nous quittons Ljubljana sous une pluie battante. Après réflexion et comme la grotte de la Krka (prononcer "Keurka"), où vivent des protées, n'est ouverte que l'après-midi, nous décidons de prendre l'autoroute jusqu'à Novo Mesto puis de remonter la vallée de la Krka par la petite route en début d'après-midi.
A Novo Mesto, il pleut encore. Nous faisons un petit tour en ville (certaines rues sont bordées d'arcades, nous en profitons) puis entrons dans la cathédrale. Elle est gothique, assez proche de ce qu'on connaît en France, alors que les églises que nous avons vues jusqu'à présent étaient plutôt baroques : sobres à l'extérieur, avec juste un petit fronton, et très dorées dedans, parfois peintes. Enfin, quand je dis "sobres à l'extérieur", je parle de la forme. Parce que pour ce qui est de la couleur, les moulures hésitent souvent entre le vert chewing-gum et le vieux rose.
Nous restons dans l'entrée de la cathédrale de Novo Mesto car il y a une célébration indéterminée à l'intérieur. Le texte des chants est projeté sur un écran, élément de modernité qui contraste avec la soutane à boutons violets de l'évêque qui arrive quelques instants plus tard et disparaît aussitôt par une petite porte. Pour la visite, nous nous rabattons sur la crypte, également gothique, qui renferme une pietà et plusieurs pierres tombales que nous essayons de déchiffrer (en latin, plus simple que le slovène).
Remontons maintenant la rivière Krka. Nous faisons halte à Dolenjske Toplice, d'où partent plusieurs sentiers. Nous voulions faire une belle rando, pas une toute petite balade, mais avec la pluie qui ne veut pas s'arrêter, ça semble compromis. Le gars de l'Office du Tourisme nous donne quelques cartes et un prospectus sur le site du premier Âge du Fer (période de Hallstatt) qu'il y a dans le coin. Comme nous l'avions prévu, il existe des sentiers qui traversent le site protohistorique. Nous commençons pour nous égarer un peu dans les bois (trop de sentiers) puis découvrons la nécropole : des dalles de pierre nous semblent effectivement taillées en forme d'auges ou du moins former des contours de tombes. Plus loin, nous faisons halte sur un lieu où étaient regroupées des forges : elles ont été reconnues grâce aux scories métalliques laissées sur place et que les archéologues ont repérées par des techniques de résonance électro-magnétique. Mais nous, nous ne pouvons rien trouver de visible, cette fois. Nous terminons par un lieu où a été reconstitué un fragment du rempart de l'oppidum. Il pleut tellement que je suis frigorifiée, nous revenons à la voiture trempés comme des soupes ! Heureusement, nous avons toutes nos affaires dans le coffre (et un peu en vrac sur la banquette arrière), ce qui nous permet de remettre des vêtements secs.
Nous poursuivons notre route le long de la Krka, qui serpente entre des collines de plus en plus hautes. Et peu à peu, la pluie se transforme en neige ! Les voitures que nous croisons ont toutes les phares poudrés de blanc, parfois même le toit ! A une intersection, l'une d'elle avance sans nous voir et manque de nous rentrer dedans, mais Antoine réagit promptement et la voiture s'arrête à temps. Ouf, plus de peur que de mal.
Nous voulons visiter la grotte de la Krka, au-dessus du village de Krka, là où se trouvent les sources de la rivière Krka (quand les Slovènes tiennent un nom, ils s'en servent jusqu'au bout !), mais elle est assez mal indiquée. Nous tentons plusieurs routes. Quand la première se transforme en chemin, nous craignons qu'elle nous mène dans une cour de ferme et faisons demi-tour. La deuxième grimpe dans la montagne au-dessus du village et elle aussi perd son goudron après un ou deux kilomètres. Et à cette altitude, la neige tient au sol. Nous préférons ne pas aventurer la voiture sur ce genre de chemin dans ces conditions et revenons en arrière. La troisième route est la bonne : il faut dire que ça y est, nous avons trouvé les pancartes "Krška jama". Maintenant que nous sommes où nous voulons, nous pouvons déjeuner ; il suffit que nous soyons à la billetterie pour 15h puisque, d'après notre guide Lonely planet, il y a une visite par heure.
15h, nous sommes devant la billetterie. Et là, oh surprise : la grotte est ouverte le samedi matin de 10h à 13h... Zut et re-zut. Et dire que nous avons fait notre parcours "vallée de la Krka" à l'envers exprès pour pouvoir visiter la grotte l'après-midi. Nous nous consolons par un petit tour devant l'entrée de la grotte et près des sources de la rivière : l'eau sourd de partout, sous les graviers, entre les dalles de rochers, etc. C'est vraiment étonnant !
Question météo, ça ne s'arrange pas. Nous allons donc reprendre la voiture pour remonter en direction de la Basse-Styrie. Nous faisons halte au monastère cistercien de Stična, toujours habité par des moines. L'un d'eux nous accueille à l'entrée du monastère, nous donne un livret explicatif et nous fait payer le droit d'accès, le tout en anglais balbutiant. C'est bien le premier Slovène que nous croisons qui ne maîtrise pas l'anglais ! Bon, son grand âge l'excuse. Nous circulons dans les cours du monastère, mais sommes incapables de dire s'il est permis ou non d'entrer dans les pièces dont les portes sont fermées. Il y a bien des écriteaux dessus, mais en slovène... Nous n'osons visiter que l'église, gothico-baroque.
Continuant la route vers le nord, nous suivons les gorges de la rivière Sava, puis traversons des vallées où l'activité industrielle est importante. Nous arrivons enfin à Celje, ville plus grosse qu'on aurait cru : c'est même la troisième ville du pays, derrière Ljubljana et Maribor.
Pour commencer, il n'est pas possible d'y tourner à gauche. Or, l'AJ que nous visons est à gauche. Ensuite, il est difficile de s'y garer. Nous trouvons un parking couvert à étages un peu comme à Piran, mais les tarifs sont prohibitifs, il faudra peut-être chercher autre chose. Enfin, l'AJ est pleine ! Elle accueille un festival de musique ou quelque chose dans ce goût-là et n'a plus un chambre de libre. Nous nous rabattons sur l'hôtel voisin, dont le guide dit qu'il a des chambres à partir de 68 €. Mais quand nous arrivons à l'accueil, c'est un chambre à 88 € qu'on nous propose. Plus la taxe de séjour, plus le parking (quand même moins cher que notre parking couvert)... la note monte ! La réceptionniste a flairé le pigeon, et le pigeon, c'est nous. Parce que la chambre censée être "grand confort" (c'est ce que nous comprenons en consultant les tarifs, une fois dans la chambre et la note payée) ne mérite vraiment pas un tel prix : trou de brûlure de cigarette sur le couvre-lit, douche qui fuit, ouais, bon. Nous n'avons donc aucun scrupule à y faire sécher nos chaussures de rando sales et nos chaussettes trempées.
L'hôtel a un restaurant attenant, mais nous préférons aller faire un tour en ville. Histoire de visiter mais peut-être aussi grognons de nous être fait avoir si facilement. Le centre-ville de Celje n'est pas très grand, mais assez rupin et surtout complètement mort. Ca nous change beaucoup de Ljubljana et de Piran, des villes très vivantes même le soir ! Nous découvrons un morceau des anciens remparts, près d'une église, avant de trouver un restaurant italien qui ne désemplit pas. Normal, c'est le seul du centre-ville. Le guide en indique d'autres, mais qui ont disparu.
Notre dîner est donc italien, une fois de plus, mais arrosé de Laško, la bière brassée non loin d'ici ; nous sommes passés dans ce bourg juste avant d'arriver à Celje. La Laško fait office de bière nationale, on la voit partout en Slovénie. C'est une bière légère, sans goût particulier, pas tellement marquante. Antoine la rapproche de la bercloise, notre bière "nationale" à nous. Nous avons aussi goûté à la bière Union, qui est brassée près de Ljubljana et ressemble assez. A côté de cette brasserie se trouve d'ailleurs un musée de la bière. Nous avons testé un vin blanc local, à Bohinj, assez léger aussi mais un peu vert selon Antoine. Nous ne l'avons pas trouvé transcendant et n'avons pas eu l'occasion plus tard, de regoûter le vin slovène. Il y a pourtant pas mal de vignobles, à l'ouest du pays autour de Nova Gorica, et au sud, en Carniole Blanche. Nous avons vu quelques vignes sur les collines près de la Krka.