Vendredi 17 avril : de Piran à Ljubljana

Après le petit-déjeuner, nous commençons par récupérer la voiture à son parking. Les tenanciers de l'AJ nous ont prêté une carte magnétique qui permet de sortir du parking comme un résident (le prix du parking est compris dans celui de la chambre). Nous devons ensuite revenir en centre-ville en voiture, en prenant un ticket d'accès qui est gratuit pendant les 15 premières minutes, pour échanger la carte magnétique contre la carte d'identité d'Antoine restée en caution. Et récupérer les sacs ! Avec tout ça, nous ne quittons Piran qu'à 10h. 
Notre route longe la côte et traverse la ville balnéaire ultra-chic de Portoroz, avec ses palmiers, ses hôtels et son casino. On se croirait sur la Côte d'Azur. Mais nous, nous filons vers les salines de Sečovlje (prononcer "Sétchovlié"), une réserve naturelle importante, notamment pour l'avifaune. Les salines sont en partie encore en activité, et c'est par ce côté-ci que nous commençons la visite. Etant donné que c'est un espace de travail, peu de chemins sont ouverts à la circulation, même piétonne. De plus, marcher sur les digues risque de les endommager et de nuire à la faune et à la flore de la réserve. Nous ne pouvons donc pas nous approcher des rares oiseaux qu'Antoine arrive à mettre dans la lunette. Et puis, il pleut. Une pluie à grosses gouttes qui s'infiltre à l'intérieur des vêtements. Heureusement, elle va vite cesser.
Depuis une terrasse panoramique, nous repérons un coin assez éloigné qui accueille un peu plus d'oiseaux qu'ailleurs. Sur les indications du gars qui tient la caburote à l'entrée, nous contournons le marais afin d'y accéder par un chemin le long de la frontière croate. Il faut d'ailleurs franchir le poste-frontière slovène avant de pénétrer dans le marais. C'est la seule frontière à laquelle nous ayons été contrôlés "sérieusement" (c'est à dire simple vérification que nos papiers d'identité correspondent bien à nos têtes).
De ce côté, les salines sont abandonnées et le marais est quasiment sauvage. Et les oiseaux sont beaucoup plus nombreux, aussi bien dans les bassins qu'aux abords : loriot et grosbecs circulent dans les arbres autour de nous tandis que nous pique-niquons. Si nous avions su (et ça sera l'expression fétiche du voyage), nous serions venus ici directement.
En repartant, nous repassons le poste-frontière slovène : les gardes regardent vaguement nos photos. Nous ont-ils reconnus ? En tout cas, il est beaucoup plus facile d'entrer que de sortir de ce pays...
En début d'après-midi, nous quittons la côte pour explorer la région du Karst (ou "Kras" dit-on plutôt en slovène), truffée de grottes. Notre choix se porte sur celles de Škocjan (prononcer "chkotsiane), classées au patrimoine mondial de l'Unesco. Nous y arrivons une demi-heure avant le départ de la visite guidée, parfait ! Cela nous laisse le temps d'admirer la doline (Doline est le nom du lieu-dit, à l'origine) au fond de laquelle coule la rivière Reka. Euh, en passant, "rivière" en slovène se dit aussi "reka" : c'est la reka Reka.
La rivière a creusé la première partie de la grotte, la "Grotte du Silence" avant de descendre dans une strate inférieure. Cette partie est à moitié écroulée mais contient des concrétions merveilleuses. Une vraie féérie de calcaires blanc, brun, noir comme autant de choux dégoulinant de chocolat ou de chantilly qui scintillent sous la lumière des projecteurs. On la traverse avant d'atteindre la grotte dans laquelle coule aujourd'hui la Reka. Non moins splendide, cette deuxième partie se signale par son gigantisme. Le puissant grondement de la rivière y emplit tout l'espace ; on est loin du silence de la première grotte ! Nous descendons des escaliers puis circulons à mi-hauteur sur des sentiers au bord du gouffre, traversons des passerelles au-dessus d'un vide dont le fond se perd dans l'ombre. Devant nous, le sentier tracé par les projecteurs, comme une chenille lumineuse, est tout simplement fascinant. Nous sommes dans la Moria, cette ancienne cité sous la montagne que traversent Frodon et ses compagnons dans Le Seigneur des Anneaux. Et cette passerelle vertigineuse ressemble beaucoup au pont étroit sur lequel Gandalf combat le Balrog.
Après ce parcours onirique et souterrain, nous émergeons dans la doline, entre les mousses et les fougères, avant de monter dans le funiculaire (un nouveau moyen de transport !) qui nous ramène dans le réel. Nous retournons au belvédère au-dessus de la doline et, oh surprise, c'est là que nous observons le ballet de plusieurs martinets à ventre blanc !
La suite du programme voudrait que nous nous dirigions vers la Basse-Carniole, au sud du pays. Mais cette région se trouve derrière des montagnes pas faciles à traverser et l'après-midi est déjà bien avancé. Nous faisons halte au lac intermittent de Cerknica, superbe milieu où les zones lacustres sont entrecoupées de touffes d'herbes et de bosquets. Là, enfin, les oiseaux sont nombreux : combattants et autres limicoles, fuligules, bergeronnette printanière, etc. Malheureusement, nous ne pouvons pas rester longtemps, le soir arrive trop vite. Nous décidons de remonter dormir à Ljubljana, c'est la route la plus courte pour la Basse-Carniole. Ce faisant, mais nous l'ignorons, nous évitons la région slovène où vivent les ours. Et nous finissons la soirée dans l'hôtel Bitcenter quitté la veille.

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