Mardi 21 avril : de Forbach à Belle-Isle en Terre

Nous achetons croissant et chocolatine (le mot est inconnu ici, si bien qu'on nous sert un croissant au chocolat à la place des deux viennoiseries) dans une boulangerie de Forbach puis prenons la route de Verdun où nous comptons visiter un ou deux sites de la Première Guerre Mondiale. Plus nous approchons, plus nous croisons des panneaux indiquant des cimetières militaires ou des monuments, plus le sol des forêts est tourmenté. Imaginer les combats qui ont eu lieu aux abords de ce qui est aujourd'hui notre route nous glace le sang. 
Nous faisons halte à l'ossuaire de Douaumont, gigantesque nécropole franco-allemande en forme de blockhaus qui domine le paysage. A l'intérieur, tout est fait pour rendre le lieu sinistre : noms des très nombreux donateurs et des non moins nombreux soldats disparus gravés dans les pierres du mur, sarcophages de marbre rouge qui renferment les restes de ces disparus non identifiés, visages blêmes sur les vitraux de la chapelle. Nous percevons à quel point cette guerre a été, outre une hécatombe, un drame qui a fortement et durablement marqué tous ses contemporains, alors que, pour nous un siècle plus tard, elle n'est qu'un fait historique. 
Devant l'ossuaire s'étend un immense cimetière militaire. Nous marchons le long d'une allée, lisant les plaques sur les croix... Pour retrouver un parent défunt ici, il vaut mieux connaître à l'avance le numéro de la tombe et si possible son emplacement, sinon on risque d'y passer des heures ! Cette nécropole me fait penser à celle de Pontavert dans l'Aisne, où repose mon arrière-grand-oncle ; je suppose qu'elles se ressemblent...
Nous continuons avec la visite du fort de Douaumont, encore un labyrinthe, mais de béton cette fois. Le fort a été pris par les Allemands au début de la bataille de Verdun, en février 1916, puis chèrement reconquis par les Français. Nous y découvrons un passionnant aperçu de la vie dans une forteresse assiégée en 1916. Le site est présenté sous un angle résolument européen : ce sont des Allemands qui ont été assiégés ici, c'est donc l'un d'eux qui, par le biais de notre audioguide, nous mène de casemate en tourelle de canon, du PC jusqu'au puits de communication avec les étages inférieurs. Aucun jugement de valeur n'est porté ni sur le Allemands ni sur les Français : c'est le quotidien difficile et dangereux des soldats de toutes nations qui est mis en avant ici. Dans un couloir muré sont enterrés des soldats allemands morts dans l'explosion d'un stock de munitions. Un groupe de touristes allemands visite les lieux en même temps que nous. Le fort est glacial et humide (des concrétions calcaires se sont déjà formées), ça n'a pas dû beaucoup changer depuis un siècle. 
A l'extérieur, la forteresse n'est qu'une succession de trous d'obus, particulièrement sur le toit, en partie écroulé. Nous examinons les tourelles d'artillerie, dont l'acier est entaillé et a fondu sous le choc des éclats d'obus. Dans ces moments-là, l'artilleur a dû prendre cher ! Le mur de façade est un patchwork de bétons détruits et ré-assemblés. Le lieu est marquant car trois des arrières-grand-pères d'Antoine ont combattu dans le secteur de Verdun, peut-être tout près d'ici. 
Justement, avant de quitter le front, nous passons à Samogneux, où l'un d'eux a été fait prisonnier juste avant le début "officiel" de la bataille de Verdun. Nous ne nous arrêtons pas dans le village, détruit et reconstruit après la guerre : nous reviendrons. 
Après avoir trouvé des sandwiches, nous quittons Verdun par la Voie Sacrée : il s'agit de la route empruntée en 1916 par une noria incessante de camions de munitions et de soldats qui, depuis Bar-le-Duc, alimentait la ville assiégée et le front. En fait, c'est là le principal dispositif qui a permis à l'armée française de remporter la victoire de Verdun. Nous pique-niquons sur une aire un peu plus loin, à Moulin-Brûlé, où des panneaux nous expliquent tout cela. A Moulin-Brûlé se trouvait le "tourniquet", le carrefour aménagé afin que les camions puissent faire facilement demi-tour. Je pense à mon arrière-arrière-grand-père qui a fait la guerre dans un régiment du Train : peut-être a t-il roulé sur cette route...
Laissant la zone des combats sur un "il faudra qu'on revienne", nous poursuivons notre route vers Paris que nous atteignons vers 17 h : juste le bon moment pour découvrir les bouchons parisiens. Nous y restons coincés une bonne heure avant de rejoindre l'A10 puis l'A11. Une petite erreur de navigation nous fait rater un embranchement au Mans et explorer les routes de campagne non loin du circuit de la Sarthe. Hier, en Allemagne, c'est à côté du circuit d'Hockenheim que nous sommes passés : l'autoroute longeait les tribunes. 
Finalement, sans autre péripétie, nous arrivons à Belle-Isle peu avant 23 h : la boucle est bouclée !

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